"My philosophy is to have a really good time and never to let anything stop me from doing what I want to do."




(2004) Blue Note France

CD

RTL Jazz Collection: Michel Petrucciani

    1. The Prayer
    2. Limbo
    3. She Did It Again
    4. Looking Up (Michel Petrucciani)
    5. September Second
    6. Estate
    7. Caravan


Michel Petrucciani - piano


Michel Petrucciani a été l'un des rares jazzmen francais à connaître une vraie consécration américaine et internationale. Pianiste dans la lignée de Bill Evans, il avait développé un son immédiatement reconnaissable, fait d'une attaque puissante, d'un profond lyrisme au service de mélodie accrocheuse, d'une grande limpidité dans le phrasé et l'improvisation. Au-delà des qualités pianistiques, sa formidable vitalité, son extrême générosité, son absence de préjugés, son romantisme se retrouvaient clairement dnas sa musique et la rendait irrésistible, à l'image de sa personalité.




Au cours d'une interview, Michel Petrucciani évoquait le souvenir suivant: "Je me souviens, à l'âge de huit ans, avoir dit à mon père en pleurant : Je n'arrête pas d'entendre de la musique en moi. Comme une radio sans fin. Je vivais alors un vrai cauchemar. Mon père m'a simplement dit : C'est bien. Profite de ce don ". Il a su cultiver ce don de la musique par un travail acharné et par une vitalité incroyable qui lui ont permis de dépasser ses handicaps et d'être en moins de deux décennies le pianiste le plus important de la fin du 20ème siècle.
Michel Petrucciani naît dans une famille de musiciens de jazz : son père, Tony, est guitariste, ses frères Philippe et Louis sont respectivement guitariste et contrebassiste. Malgré L'exemple paternel et fraternel, c'est pourtant vers le piano que se porte, de façon précoce et affirmé, le choix de Michel. A l'age de quatre ans, il voit Duke Ellington à la télévision et demande à son père le même instrument que le pianiste. Souhait que ses parents pensent satisfaire en lui offrant à Noël un piano jouet. Le désir profond de l'enfant à jouer sur un vrai piano va se manifester clairement et rapidement d'un coup de marteau fatal au jouet. Son père s'empresse alors de récupérer un vieux piano, laissé à l'abandon sur la base militaire où il travaille et l'adapte pour que les pieds de l'enfant puissent atteindre les pédales. Vers l'âge de sept ans, il lui procure un piano de meilleure qualité acheté d'occasion à un médecin. Il prend exclusivement des cours de piano classique pendant 8 ans. Il avoue plus tard : " Etudier le piano de façon classique apporte une discipline et de développe une technique. On y apprend à prendre l'instrument au sérieux. Mais j'ai vite été lassé des concours et des compétitions. Le milieu de la musique classique était trop bourgeois à mon goût ". S'il se révèle un musicien prodige, c'est autant à force d'un travail acharné qu'à un talent naturel. " Je pouvais rester à mon piano pendant 5 à 6 heures par jour et cela n'a cessé d'augmenter avec les années " révéla-t'il.
Ce travail personnel s'est nourri de son amour pour le jazz. Vers les 10 ans, il se passionne pour la musique du pianiste de jazz Bill Evans chez qui il retrouve certainement une familiarité avec les musiques de Ravel, Debussy et Bach qu'il adore par ailleurs. Le pianiste américain aura une grande influence sur la musique de ses débuts de carrière … qui interviennent 3 ans après. Il n'a en effet que 13 ans quand il propose ses services au trompettiste américain Clark Terry. La scène se passe au festival de jazz de Cliouscat. Clark Terry, en manque de pianiste pour assurer son set, voit arriver un gamin qu'on est allé chercher pour remplacer le pianiste défaillant et croit, on le comprend, à une bonne blague. Jouant le jeu de l'humour, il commence sur un air de corrida. Michel l'interrompt en disant " Jouons un blues ! ". Quelques minutes plus tard, Clark Terry, terrassé par un tel talent, étreint le jeune garçon. Adoubé par l'une des légendes de la trompette, Michel Petrucciani, 13ans, vient de rentrer dans la famille des musiciens de jazz professionnel ...
Dès lors, le jeune musicien dévore les étapes avec cet appétit pour la vie, la musique et les relations humaines qui, plus que toute autre de ses nombreuses qualités, le caractérise si bien. Il joue partout en France et dans les festivals européens, multiplie les rencontres. A 16 ans, il fait celle du batteur Aldo Romano, son " ange gardien " qui l'entoure de son affection et de ses conseils. Ainsi Michel ne tarde pas à s'installer à Paris où peut se développer au mieux sa carrière. Un an plus tard, il y publie son premier enregistrement " Flash " avec la complicité de Mike Zwerin et Aldo Romano. Aldo le présente alors à Jean-Jacques Pussiau, un jeune producteur qui a lancé Owl Records, un label de jazz qui, au-delà d'un goût sans faille dans la direction artistique, tranche dans le paysage discographique par le soin porté à la production sonore et au graphisme des pochettes. C'est le début d'une fructueuse collaboration qui va se traduire par la parution de 6 albums entre 1981 et 1985 dont des chefs-d'œuvre comme le splendide " Toot Sweet ", duo avec le saxophoniste Lee Konitz.
La France et Paris conquis, son irrésistible vitalité le pousse en 1982 à conquérir maintenant les Etats-Unis. Il débarque à New York mais, fort d'une adresse sûre en Californie que lui a donnée un ami musicien, il ne tarde pas à traverser le continent. C'est l'adresse de Charles Lloyd, immense saxophoniste qui avait révélé le talent de Keith Jarrett, ce qu'ignore alors le jeune pianiste. La rencontre est une révélation pour les deux protagonistes qui passe les premières 48 heures non-stop à jouer ensemble. Début d'une collaboration qui sort Lloyd de sa retraite et qui va durer 5 années et donner 3 témoignages discographiques. Comme Aldo l'avait été en France, Charles Lloyd va se révéler un sésame de premier ordre pour le lancement de carrière du pianiste aux Etats-Unis.
Très rapidement, c'est à dire à son allure normale, Michel se fait un nom dans la mère-patrie du jazz. Il a 23 ans quand il est remarqué par le label Blue Note où il est le premier français à signer. Appuyé par un tel label, sa carrière prend un coup d'accélération. Il devient une tête d'affiche des festivals internationaux, multiplie les rencontres scéniques et/ou les enregistrements avec tout ce que compte le gotha du jazz contemporain (citons entre autres les bassistes Gary Peacock, Eddie Gomez, Stanley Clarke, Charlie Haden, les batteurs Jack DeJohnette, Al Foster, Roy Haynes, les saxophonistes Lee Konitz, Joe Henderson, Gerry Mulligan, Wayne Shorter, le guitaristes Jim Hall, John Abercrombie, John Scofield, les tromettistes Freddie Hubbard, Dizzy Gillespie,…). Les honneurs et les distinctions suivent : " Jazzman of the Year " pour le Los Angeles Times en 1983, " Best European Jazz Musician " pour l'Office Culturel du gouvernement Italien, " Prix Django Reinhardt ", " Victoires de la Musique " à multiples reprises.
Après un premier opus " Pianism ", enregistré fin 1985, où il expose sa conception du trio pianistique avec Eliot Zigmund (l'un des derniers batteurs de Bill Evans) et Palle Danielsson (cf. titre 1 de notre sélection), Blue Note l'enregistre l'été suivant dans le cadre du Festival de Montreux dans une formule inhabituelle, en compagnie du guitariste Jim Hall et du saxophoniste Wayne Shorter. Le titre de l'album " Power Of Three " n'est pas usurpé (cf. titre 2 de notre sélection). Deux ans après paraît l'album " Michel Plays Petrucciani " (cf. titre 3 de la notre sélection) avec deux magnifiques sections rythmiques (Gary Peacock/Roy Haynes et Eddie Gomez/Al Foster). Avec " Music " publié l'année suivante manifeste une toute autre ambition avec une orchestration qui comprend basse électrique, percussions, accordéon et synthé et voix ce qui rompt avec le cadre intimiste de ses précédent albums. L'album très dansant, très coloré est un immense succès qui dépasse très largement le cadre des amateurs de jazz et donne au pianiste l'auditoire grand public dont il rêvait (cf. titre 4). Dans la même veine aventureuse, parâit " Playground " en 1991 (cf. titre 5). Deux ans après, il sort un album solo de toute beauté en hommage à celui qui avait suscité son amour du piano, Duke Ellington (cf. titre 7). Cet album clôt sa collaboration avec le label Blue Note qu'il quitte pour le label français Dreyfus auquel il restera fidèle jusqu'à son décès. De 1994 à 1999, il y enregistre des disques qui font date, notamment " Conférence de presse ", ses enregistrements avec l'organiste Eddy Louis, " Flamingo " qui documente sa rencontre avec Stéphane Grapelli (disque d'or) et " Both Worlds ", un album en sextet sur des arrangements de Bob Brookmeyer. Son succès ne se dément pas jusqu'à son décès précoce, le 6 janvier 1999, à New York des suites d'une infection pulmonaire.


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