"My philosophy is to have a really good time and never to let anything stop me from doing what I want to do."





(1983) Owl Records

CD

Michel Petrucciani: Oracle's Destiny
BIG SUR CALIFORNIA

Recorded in Paris october 18 1982

    1. Oracle's Destiny (M. Petrucciani)
    2. Big Sur/Big On (M. Petrucciani)
    3. Amalgame (Aldo Romano)
    4. It's What I Am Doing When I Miss You (M. Petrucciani)
    5. Mike Pee (M. Petrucciani)

Michel Petrucciani - piano
This Album Is Dedicated to Bill Evans



Comme un soupir avant la fin du monde

En riant, il dit de lui-même : "Je suis un type qui va vite ". Ou encore, se moquant avec sérieux, " Je suis un type très rapide, ce n'est ni un choix, ni une envie, c'est ma vie qui va vite ". Sur cet album, Michel Petrucciani va vite, il va vite au but, mais avec une délicieuse lenteur. Ballades au rythme majestueux, méditations harmoniques sans contrainte, tempos médium (le tempo des dieux), la musique se déploie avec ampleur, sans donner le change d'un quelconque artifice. Seule a exciter la mesure, la composition d'Aldo Romano - les autres sont du pianiste - Amalgame ; le reste se libère à l'écart de toute nervosité et s'offre, tout naturellement, a Bill Evans, dédicataire prévisible d'Oracle's Destiny. Même profondeur, même verticalité des harmonies, même délicatesse du toucher, la musique va au bout d'elle-même, mais du bout des doigts. C'est dans l'hommage, et non dans l'imitation, que Michel Petrucciani affirme sa vraie nature : " Ce que je voudrais, et avec plus de force, c'est rendre ma musique aussi fraîche que possible, dit-il, essentiellement honnête et puissante. Une musique qui sorte du coeur ". Pour ce faire, il n'a vraiment pas à forcer son talent. Qu'il songe ou non à Bill Evans, à qui l'on songe parfois en l'écoutant, c'est à Petrucciani qu'il fait surtout penser. Il y a dans son rayonnement, dans son évidente énergie intérieure, quelque chose de surprenant, d'émouvant, de sensible, de communicatif comme s'il avait décidé de faire de son talent une vie, et de sa vie une exception. On connaît sa manière d'endiabler les airs qu'il joue, la puissance et le déchaînement auxquels il s'abandonne en scène, cette allégresse qui le porte a sortir de lui-même et cette volonté tendue qui lui donne l'allure d'inventer la musique comme on le fait quand on commence, à l'aube des premières fois : " Le plus difficile, poursuit-il, c'est de faire passer la sincérité, le coeur, la vibration intime, comme un soupir avant la fin du monde. Voilà ce que je cherche en musique. Après tout, peut-être qu'un jour çà peut sauver le monde, qui sait ? " La singularité de cet album, son train si mesuré et comme pacifié, le rendent plus fort. Ouvrent l'espace où s'effectue précisément la précipitation ordinaire de Petrucciani. Ici, la musique se donne aux amoureux de la musique, ceux du tout premier cercle, comme une hommage ajusté, comme une justice rendue à Bill Evans, mais aussi avec la grâce illimitée d'un geste dont personne - pas plus l'ombre de Bill Evans que le premier venu ou le dernier des vauriens - ne serait étonné qu'il ait un jour contribué a sauver, justement, le monde.



Francis Marmande (Jazz Magazine)

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